TEMPS D’ABOLIR LA GUERRE!
Mikhail Gorbatchev

Mikhail Gorbatchev, le dernier Chef d’Etat de l’Union soviétique avant son effondrement en 1991 et lauréat du Prix Nobel pour la Paix en 1990, dirige maintenant la Fondation Gorbatchev, un groupe d’experts politiques à Moscou, et la Croix Verte Internationale. (Pour plus de détails, voir www.gci.ch/.)

En mai 1998, les essais nucléaires en Asie du Sud ébranlèrent la communauté internationale. Ces essais n’amélioraient en rien la sécurité de l’Inde ni du Pakistan ; bien au contraire, ils aggravèrent une situation déjà instable.

Cependant, il nous faut aussi reconnaître la validité de la critique à l’encontre des cinq puissances nucléaires, les Etats-Unis et la Russie tout particulièrement. Les essais l’ont bien montré, il se pourrait qu’on assiste bientôt à la fin de tout système de contrôle de l’armement nucléaire et du traité international sur la non-prolifération nucléaire et le désarmement (le NPT).

Il est clair depuis longtemps que ce traité n’est pas applicable en l’absence de sérieux efforts en faveur d’un désarmement nucléaire. Mais les Etats-Unis et la Russie ont récemment donné de plus en plus clairement à entendre que leurs stratégies de défense sont liées aux armes nucléaires, et au développement de systèmes de lancement et de systèmes anti-balistiques. Nous pouvions déjà prévoir que l’extension du NPT en 1995 n’augmenterait ni son autorité ni son efficacité. Nous devons regarder la vérité en face : il ne fonctionne plus.

Dès 1985, le président Reagan et moi, lors de notre premier sommet, fûmes d’accord pour dire qu’une guerre nucléaire ne peut jamais être gagnée, et qu’on ne doit jamais la faire. Même alors nous savions quelque chose de très important, à savoir qu’une guerre nucléaire est inadmissible.

Aujourd’hui, il est tout aussi vrai que si une guerre nucléaire, à quelque échelle que ce soit, devait jamais devenir réalité, elle menacerait l’existence même de la vie sur terre.

Ce qui est passé sous silence par les puissances nucléaires modernes, c’est que le processus de désarmement nucléaire est au point mort depuis déjà quelques années ; on le fait traîner. Je crois que nous n’avons pas utilisé correctement les chances qui surgirent à la fin de la guerre froide, la possibilité de s’acheminer vers un nouvel ordre mondial authentique fondé sur la stabilité, la coopération démocratique et l’égalité, plutôt que sur l’hégémonie d’un pays.