LA PAROLE PEUT FAIRE DES MIRACLES
Allister Sparks

Allister Sparks, un Sud-Africain de la cinquième génération, a écrit et fait des émissions sur son pays pendant 47 ans, pour des quotidiens sud-africains et étrangers pour la South African Broadcasting Corporation. Il a écrit deux best-sellers, « The Mind of South Africa » (l’esprit de l’Afrique du Sud) et « Tomorrow is another country » (Demain est un autre pays) (1966). (Pour plus de détails, voir www.truth.org.za)

Cinq mois après sa libération de prison en 1990, Nelson Mandela provoqua une tempête diplomatique au cours de l’un de ses premiers voyages dans ce monde extérieur qu’il n’avait pas vu depuis 27 ans. Parlant à une conférence de presse à Dublin, il conseilla sans ambages au gouvernement britannique d’essayer de résoudre le long conflit sanglant en Irlande du Nord en s’asseyant et en parlant avec l’IRA sans insister qu’elle abandonne d’abord sa lutte armée pour être incorporée dans la République d’Irlande.

Les médias britanniques, qui jusque là n’avaient pas tari d’éloges sur l’homme qui allait bientôt recevoir le Prix Nobel de la paix, s’indignèrent. Le Daily Express dépeignit la déclaration de Mandela comme « tragiquement dépourvue de sensibilité ». Le Times la décrivit comme « un terrible faux pas » qui nuirait sans aucun doute à son entretien, le jour suivant, avec le Premier Ministre britannique Margaret Thatcher. Le Daily Mail suggéra d’un ton moqueur qu’après sa longue incarcération, la vue que Mandela pouvait avoir du monde extérieur à l’Afrique du Sud « semble prisonnière d’une sorte de vide spatio-temporel ».

Un porte-parole de Downing Street fit remarquer avec hauteur : « la position du gouvernement britannique est claire : nous ne parlons pas à des terroristes ». Même le leader du parti travailliste, Neil Kinnock, un admirateur déclaré de Mandela, déplora que le leader du Congrès National Africain parût avoir été mal conseillé. « En tant qu’ami », dit Kinnock, « je me dois de lui dire que l’IRA provisoire est un ramassis de gangsters et d’assassins. Rien de plus, rien de moins. »

Pourtant aujourd’hui le gouvernement britannique a en effet parlé à l’IRA, et ces échanges ont été amorcés sans que l’IRA renonce d’abord à sa lutte armée. On a des raisons de penser que les remarques provocantes de Mandela aient pu représenter le catalyseur qui brisa le moule de positions solidifiées pour faire avancer ce processus. C’est ainsi que la seule réponse positive au commentaire de Mandela vint de Gerry Adams, leader de Sinn Féin, la section politique de l’IRA, qui dit qu’il appréciait la déclaration et était prêt à coopérer et à entrer en pourparlers. Adams, qui se rendit peu après en visite en Afrique du Sud, fut l’initiateur de ces contacts au nom de l’IRA, et les Sud-Africains furent plus tard introduits comme conseillers pour aider les pourparlers à démarrer.