LA MARCHE POUR LA PAIX VERS MOSCOU
Tulle Elster

Tulle Elster, de Norvège, parcourut le monde pendant 20 ans, gagnant sa vie comme auteur, photographe et guide touristique. Depuis 1973, elle a été une activiste non salariée, d’abord pour l’environnement, ensuite pour la paix à partir de 1980. Membre du conseil d’administration de « Women for Peace » (Femmes pour la Paix) et éditrice d’un magazine bimensuel pour la paix, « Link » (Lien), qu’elle démarra en 1982.
(Pour plus de détails, voir www.peacelink.nu)


-- Aucun d’entre nous ne sait l’effet que nous pouvons avoir ou ce que nous pouvons donner à d’autres. Cela nous est caché et le restera. Il nous est souvent permis d’en entrevoir une toute petite partie, afin que nous ne nous découragions pas. Le pouvoir opère par des voies mystérieuses.
Albert Schweitzer

Quatre ans après la « Marche pour la Paix Stockholm–Moscou-Minsk 1982 » des Scandinaves, j’ai à nouveau rencontré Grigory Lokshin, de l’ex-Comité soviétique pour la Paix. Les temps avaient déjà bien changé en Union soviétique. Brezhnev était mort. Andropov et Chernenko, tous deux âgés, lui avaient fait suite, d’abord à la présidence puis dans la tombe. Et finalement, après 40 ans passés sous la terreur d’une possible extinction nucléaire, quelque chose de nouveau se produisit. Un homme aux idées nouvelles vit passer une chance, l’attrapa au vol et démarra un processus complètement nouveau, qui allait vite être connu sous l’appellation de « perestroïka » et « glasnost ».

Mikhail Gorbatchev, qui avait alors 42 ans, conquit rapidement le cœur des citoyens ordinaires de l’Ouest par sa nouvelle politique qui comprenait des propositions pour un véritable désarmement nucléaire, quelque chose que le mouvement pour la paix n’avait cessé de réclamer depuis Hiroshima. Après notre marche pour la paix en Union soviétique, les gens s’étaient beaucoup demandé si cette marche avait eu un impact sur le processus démocratique qui s’ensuivit. Rencontrant à nouveau Gregory, je profitai donc de l’occasion pour lui demander :

« Qu’est-ce qui a donné le coup d’envoi à ces ‘glasnost’ et «’perestroïka’ » ?
Je n’ai jamais vu une incrédulité aussi sincère sur un visage que lorsqu’il répondit
- Et VOUS me posez la question ? VOUS –qui avez donné le coup d’envoi à tout ça ! »
J’étais ahurie :
- MOI ? Que voulez-vous dire ?
- Vous ne vous souvenez pas, dit-il, presque insulté, que c’est vous qui avez organisé la première réunion démocratique en Union soviétique depuis avant la Révolution ? »