L’APPEL DE LA HAYE POUR LA PAIX
Cora Weiss

Cora Weiss est présidente de l’Appel de La Haye pour la paix et vice-présidente du Bureau international de la paix. Elle a consacré toute sa vie adulte à être activiste et leader au sein de mouvements pour les droits civils, pour les femmes et pour la paix.
(Pour plus de détails, voir www.haguepeace.org et www.ipb.org).

Au cours des dix ans passés, seuls les gouvernements sous l’égide des Nations-Unies ont convoqué des sommets internationaux. Ils ont couvert pratiquement toutes les questions qui préoccupent l’humanité. Le dernier sommet était censé être sur la paix, mais certains gouvernements élevèrent des objections. Cette tâche incomba donc à la société civile, déterminée à donner à la paix le dernier mot du siècle le plus sanglant de toute notre histoire. Entendant déconstruire la guerre elle-même, en tant qu’institution, des organisations de société civile décidèrent de lancer un appel pour que la dernière conférence de la décade soit consacrée à la paix. Alors, mélangez un peu d’audace à beaucoup d’expertise, quelques remarquables talents d’organisation, et des tonnes de détermination à voir la guerre en tant qu’institution abolie en ce nouveau 21ème siècle, et vous avez l’Appel de La Haye pour la paix.

Lancé au départ par quatre organisations internationales, l’Appel fut ensuite repris par près d’un millier d’entre elles qui souscrivirent à la vision derrière une approche extensive de la paix et de la justice. La première réunion de planification comprit trois organisations dont le travail avait réussi à mobiliser l’opinion mondiale pour demander à la Cour internationale de justice une opinion sur l’illégalité des armes nucléaires. Le Bureau international de la paix (PBI), l’Association internationale des légistes contre l’armement nucléaire (IALANA) et l’Association internationale des médecins pour la prévention d’une guerre nucléaire (IPPNW) furent rejoints par le Mouvement fédéral mondial (WFM) pour former le noyau central. Des bureaux furent installés à New York, à Genève et à La Haye. Nous n’étions qu’en 1996 et le courrier électronique était en train de devenir un moyen de communication quotidien. C’était une nouveauté pour nous et beaucoup se plaignirent de son usage excessif, mais un souci authentique de transparence et de démocratie exigeait de fréquentes consultations.

Les quatre organisations assurant la coordination cherchèrent activement à créer un corps décideur plus large nommé alors Comité d’organisation, qui fut responsable de la mise sur pied de la plupart des séances de discussion et de la plus grande contribution au produit final, le Programme de La Haye pour la paix et la justice au 21ème siècle. Le principal obstacle à l’organisation de cet effort gigantesque fut le manque d’argent. Jusqu’à ce que des fonds soient effectivement promis ou déjà en banque, on hésitait à s’engager dans le programme. Et les bailleurs de fonds potentiels hésitaient à soutenir ce projet et son objectif apparemment noble --l’introduction de nouvelles manières de penser et d’agir pour un nouveau siècle-- mais difficile à évaluer en termes concrets. Et la paix et la justice, pensions-nous, ne pouvaient pas s’obtenir rien que par un désarmement