FAIRE LA PAIX AVEC NOTRE HABITAT
Joanna Macy

Joanna Macy, de Californie, aux Etats-Unis, est connue du monde entier pour ses 40 années comme auteur et conférencière prolifique sur l’écologie profonde et ses modèles d’enseignement novateurs pour aider les gens à faire face aux menaces qui pèsent sur l’humanité et sur notre habitat. Son dernier ouvrage est « Coming back to life » ( Retour à la vie) avec Molly Young Brown, New Society, 1998.
(Pour plus de détails, voir www.joannamacy.net).

Les manifestants qui sont aujourd’hui matraqués par la police pour des actions contre la construction d’aéroports et d’autoroutes, contre l’abattage d’arbres, les armes nucléaires, les traités commerciaux, seront un jour fiers d’accrocher au mur leurs rapports de police et leurs citations à comparaître devant les tribunaux comme autant de précieux diplômes pour les opérations de sauvetage du futur –si nous avons un futur. Malgré toute notre richesse et tout notre savoir, la génération actuelle est la première à devoir mettre le futur au conditionnel. Alors que nos télescopes et nos microscopes fouillent en profondeur les secrets de l’univers et de la vie elle-même, nous sommes confrontés à la destruction de la vie à une échelle sans précédent dans notre histoire connue.

Il est certain que nos ancêtres ont connu les guerres, les pestes et la famine ; des civilisations entières s’effondrèrent lorsqu’elles coupèrent leurs arbres pour fabriquer des navires de guerre et transformèrent leurs terres en déserts. Mais aujourd’hui il ne s’agit plus d’une forêt par-ci et de quelques fermes et pêcheries par-là ; aujourd’hui, des espèces entières sont en train de mourir –et aussi des cultures entières, et des écosystèmes à l’échelle globale, même le plancton producteur d’oxygène de nos océans n’est pas épargné.

Les scientifiques peuvent bien essayer de nous dire ce qui est en jeu quand nous brûlons des forêts vierges et des combustibles fossiles, déversons nos déchets toxiques dans l’air, le sol et la mer, et utilisons des produits chimiques qui dévorent la couche d’ozone qui protège notre planète. Mais leurs avertissements sont difficiles à prendre en compte. Car nous vivons dans une société de croissance industrielle, qui dépend d’une consommation des ressources sans cesse accrue pour maintenir ses moteurs de progrès. La planète est excavée et convertie en marchandises à vendre, tandis qu’elle sert aussi de « dépotoir » pour les sous-produits empoisonnés de nos industries. Et nous devons constamment courir plus vite pour rester sur place.

Qu’est-ce qui attend les enfants de nos enfants, qu’est-ce qu’il leur restera ? Trop occupés pour y penser, nous essayons de ne pas nous attarder sur les scénarios cauchemardesques de misère et de guerres dans un monde épuisé, contaminé.