DES GENS «ORDINAIRES» PARLENT AU POUVOIR
Scilla Elworthy

Scilla Elworthy, Ph.D., de Grande Bretagne, est fondatrice et directrice de l’Oxford Research Group (ORG), une organisation de société civile qui s’occupe de questions militaires et de sécurité. Elle a été directrice de publicité, puis consultante auprès de l’UNESCO pour les questions concernant les femmes et auprès du Groupement pour les droits des minorités pour aider les victimes de famines à s’organiser. En mars 2000, l’ORG a co-organisé une nouvelle conférence à Beijing, sur les projets des Etats-Unis concernant une défense antimissile (NMD).
(Pour plus de détails, voir www.oxfordresearchgroup.org.uk/)

En 1982, à une époque où bien des gens s’inquiétaient de l’accumulation énorme des armes nucléaires, j’étais venue à New York pour la Deuxième Séance Spéciale des Nations-Unies sur le Désarmement. Les diplomates des Nations-Unies avaient discuté de la question pendant une semaine sans voir poindre le moindre désarmement. C’est alors qu’une manifestation dans les rues de New York rassembla un million de gens venus du monde entier pour exprimer leur désir passionné de voir les armes nucléaires abolies. Je passai toute la journée au sein de ce gigantesque tourbillon de gens et en sortis très impressionnée : le rassemblement était paisible, joyeux et, à mon avis, assez puissant. Je ne pense pas qu’il y ait jamais eu plus d’un million de gens dans les rues à manifester contre quoi que ce soit ; le New York Times y consacra cinq pages le lendemain.

Néanmoins, à mon retour dans les bâtiments des Nations-Unies pour la conférence mondiale, je constatai que rien n’avait changé. Pas un seul millimètre de la position d’un seul pays. Il aurait aussi bien pu n’y avoir eu aucune manifestation le jour d’avant. Je réfléchissais à cela, pendue à la courroie d’un tramway descendant Broadway, comme chacun le fait, et soudain je me dis que si je pouvais trouver qui prenait réellement les décisions sur l’armement nucléaire –les gens dans les coulisses qui y consacrent leur vie—et si je pouvais leur parler en personne, sans avoir à hurler depuis la rue, alors peut-être que ça pourrait faire changer quelque chose.

Je suis donc rentrée chez moi à Woodstock, près d’Oxford, et j’ai réuni deux amis autour de ma table de cuisine pour leur faire part de mes réflexions. Nous ne savions pas du tout par où commencer, alors nous avons commencé par ce que nous pensions être le plus difficile : la Chine. En deux mots, quatre ans plus tard nous étions devenus tout à fait respectables. Nous étions devenus l’Oxford Research Group » (ORG) qui comprenait huit membres, nous étions financés par des œuvres charitables de Quakers, et nous avions publié notre premier ouvrage, exposant « Comment sont prises les décisions concernant les armes nucléaires ». Aujourd’hui, en 1998, nous avons publié environ trente ouvrages ; nous sommes toujours un petit groupe avec beaucoup des membres originels, et nous