DES ENFANTS APPRENNENT AUX ADULTES A NE PAS SE BATTRE
Cecilio Adorna

Cecilio Adorna, des Philippines, a été le représentant de l'UNICEF en Colombie et au Venezuela de 1995 à 1998, et est actuellement directeur-adjoint du Bureau régional de l'UNICEF pour l'Amérique Latine et les Caraïbes. Les points de vue qu'il exprime ici sont les siens et ne reflètent pas nécessairement la position de l'UNICEF (Pour plus de détails, voir José Ramos Horta à www.haguepeace.org/archives/speeches.html)

Pour les gens plus fortunés, où qu’ils se trouvent, une élection nationale n’est qu’un événement ordinaire, mais pour la Colombie en ce jour du 26 octobre 1997, ce fut un moment magique. Magique à cause des évènements qui conduisirent la population aux urnes en nombres records pour enregistrer une affirmation personnelle et un engagement collectif connu sous le nom de « Mandat Citoyen pour la Paix, la Vie et la Liberté ». Magique à cause de la promesse de paix soudain visible à l’horizon.

Les habitants, près de 37 millions, de cette nation sud-américaine étaient plus que familiarisés avec la violence. Les massacres, kidnappings, menaces et extorsions, les déplacements de population civile, le commerce de drogue et les armées privées y faisaient depuis longtemps partie des nouvelles quotidiennes. Un conflit vieux de 40 ans entre les diverses factions de guérilleros d’un côté, et les militaires et forces d’autodéfense de l’autre, alimentait des vagues inimaginables de crime organisé et de délinquance, il continuait à infliger une souffrance énorme à la population civile, corrompant les institutions, et engouffrant les enfants dans la violence. Pourtant la paix ne faisait pas partie du programme du gouvernement, et par ailleurs les gens qui travaillaient pour les droits humains étaient incapables de faire grand-chose face aux menaces et à l’intimidation. Aux environs de 1995, alors que le pays sombrait dans le chaos, la seule alternative possible devint évidente : sans une action massive de la société civile, le carnage ne ferait que se poursuivre.

L’action se produisit en ce jour d’octobre 1997 où dix millions de Colombiens votèrent de façon retentissante pour la paix. Ce fut une expérience sans précédent. « Impraticable », « diviseuse », « trop dangereuse » fut la façon dont les adultes réalistes jugèrent cette entreprise. Il fallut 2,7 millions d’enfants bravant la loi des probabilités lors de leur élection sur leurs propres droits pour prouver aux adultes que c’était possible. Et au cours du processus qui mena à leurs élections, ils ont aussi montré le potentiel des enfants à conduire les sociétés à des changements fondamentaux.