CONSTRUIRE LA SECURITE
Margareta Ingelstam

Margareta Ingelstam, de Suède, coordinatrice de programmes au Conseil Chrétien de Suède, a fait partie du Comité de direction de l’Association internationale de réconciliation et a été Présidente de sa filiale suédoise. Durant les années 70 et 80, elle a travaillé comme productrice et directrice de projets à la radio et télévision éducatives de Suède et a écrit plusieurs ouvrages sur la communication et les nouveaux médias.

« Au feu ! Au feu ! » hurlaient autrefois les gens en proie à l’impuissance du désespoir lorsqu’un incendie se déclarait. Les gens qui se trouvaient assez près pour entendre l’appel se précipitaient avec leur seaux pour essayer d’éteindre le feu. Trop tard, la plupart du temps. Beaucoup était détruit, beaucoup de gens y perdaient la vie. Au mieux il pouvait se trouver une source d’eau dans les environs et quelqu’un avec assez d’autorité personnelle pour inciter les gens à faire la chaîne entre le feu et la source. Peu à peu, on inventa des méthodes spéciales, et les gens découvrirent que certains outils pouvaient s’avérer utiles, en particulier le seau-pompe. Il leur fallait alors s’occuper du problème du transport, puisqu’il fallait des véhicules spéciaux pour transporter les pompes, et ils établirent des points de contact ou casernes de pompiers.

Les gens ont aussi construit des systèmes de surveillance, d’alerte et de communication pour que l’équipe de sauvetage soit sur place dès que possible. On organisa une coopération entre les différentes casernes de pompiers de la région, de façon à combiner les ressources en cas d’incendies très importants.

Peu à peu, probablement après bien des erreurs et bien des désastres, les gens en vinrent à penser qu’il serait probablement avantageux que les participants aient aussi reçu une formation et une éducation. Certains furent formés au maniement des seaux-pompes et plus tard à celui des voitures de pompiers. Ils furent aussi formés à diriger les participants, à estimer les risques et les possibilités inhérentes à une situation donnée, à se préparer à des situations particulièrement dangereuses. Ce travail se professionnalisa au fil du temps. Nous avons maintenant un corps de pompiers très compétent et toujours prêt à répondre en cas d’alerte.

Une amélioration très significative prit place quand on réalisa qu’il fallait donner la priorité à la prévention et que cela exigeait du public tout entier des connaissances, une prise de conscience et l’apprentissage de certaines techniques. Des gens ordinaires se mirent à acquérir une compréhension de la prévention des incendies. Les fils électriques durent être protégés de façon appropriée. Des murs ignifugés furent installés pour empêcher un incendie de se propager à toute la maison ou à la maison voisine –ou même à toute la ville. Les toits des bâtiments élevés furent équipés de paratonnerres.

Les gens apprirent à réduire les risques, par exemple ceux de petites étincelles qui peuvent en fait déclencher de gros incendies de forêt très destructeurs. Certaines choses durent être évitées, comme par exemple de mettre le feu à des broussailles après une période de sécheresse, de fumer au lit ou de laisser des bougies ou des feux allumés sans protection. Il fallut enseigner à l’école ce genre de connaissances et de techniques. Des pompiers professionnels eurent à faire des visites régulières aux écoles pour partager leur savoir et leurs expériences. Ils eurent aussi à effectuer des exercices, en mettant toujours l’accent sur les responsabilités de chacun au sein d’une culture de prévention.

La logique débouchant sur une réduction des risques et à une prévention à l’intérieur de chaque pays est complètement sens dessus dessous au niveau de la scène internationale. Une fois qu’un état eut introduit un dispositif hasardeux et menaçant, tous ses voisins se précipitèrent pour développer quelque chose d’encore pire. Parallèlement à un souci constant de sécurité pour leurs propres habitations et autres bâtiments, les nations de ce monde ont rivalisé d’ardeur pour augmenter leur capacité mutuelle de s’infliger risques et destruction et pour inventer des dispositifs de plus en plus efficaces, d’abord pour éliminer très rapidement des maisons entières, puis pour détruire des pâtés de maison, des villes et finalement le monde entier. Ils ont même baptisé cela politique de sécurité et continuent à consacrer des sommes d’argent faramineuses à une escalade sans fin de l’efficacité de leurs moyens de destruction.

Dans la foulée des horreurs de la seconde guerre mondiale, la communauté internationale commença à prendre des mesures pour –selon le préambule des Nations-Unies-- épargner « le fléau de la guerre aux générations suivantes». Des opérations internationales menées au Congo, en Iran/Irak, en ex-Yougoslavie ont – avec plus ou moins de succès-- tenté d’ « éteindre le feu ».

Le concept de « prévention » a pris de l’importance dans de nombreux secteurs de la société moderne. Nous développons des stratégies, des instruments, des procédés et des lois pour prévenir la maladie et le désastre. Maintenant le temps est venu de prévenir la guerre, de mettre au point des procédés et des modèles opérationnels, de nouveaux mécanismes de sécurité, pour identifier et résoudre des conflits dangereux. Il nous faut des systèmes d’ « alerte anticipée » et des systèmes d’ « action anticipée » pour adresser les conflits à tous les niveaux : régional, sub-régional, national et municipal.

On voit déjà se manifester la demande d’un nouveau genre de compétence professionnelle, celle qui devrait permettre de travailler dans des zones de crises et de conflit, côte à côte avec la population locale, pour prévenir la violence, transformer un conflit et construire la paix.

On a aussi besoin de systèmes de communication et de transport pour assurer la coordination, la coopération et la définition des rôles entre différents groupes de professionnels et différents secteurs de la société. Et il nous faut de nouvelles règles légales pour favoriser une vraie prévention.

Le mot-clé : éducation. Autrement dit, apprendre des techniques de communication et développer une prise de conscience des valeurs et des attitudes propres à favoriser des relations de paix.

Tout ceci montre la voie qui mène à une culture de paix et de non-violence –une culture au sein de laquelle chacun comprend que la prévention doit avoir priorité et qu’on peut résoudre les conflits par des moyens pacifiques.

Nous vivons à une époque de transformation qui requiert la transformation des populations. Notre époque a besoin de jeunes avec une vision d’un monde sans guerre, prêts à y investir leurs ressources et leur énergie, et qui utiliseront leur courage et leur compassion pour faire face aux risques inhérents à leur vision.

« Il est temps d’abolir la guerre ! » Avec son appel à éliminer les objets militaires dangereux et à changer les idées que se font les gens de la sécurité, l’Appel pour la Paix de La Haye devrait donner naissance à un processus semblable, au niveau international, à celui qui fut enclenché la première fois que les habitants d’une petite communauté ont crié « Au feu ! Au feu ! »