CE N’ETAIT PAS DU CINEMA
David Tinker

David Tinker, de Grande-Bretagne, faisait son service sur le navire de guerre HMS Glamorgan lorsque, le 2 février 1982, les forces armées argentines s’emparèrent des îles Falkland (les Maldives, dans leur langue), une possession britannique juste au large de la côte argentine dans l’Atlantique sud. Ce même jour, la Grande-Bretagne décida d’expédier une flotte importante pour reprendre les îles. David envoya un flot nourri de lettres à sa famille.

A H et E (parents) HMS Glamorgan, 2 avril 1982

Merci de votre longue lettre. Juste quelques mots pour dire qu’aujourd’hui nous avons appris que nous partons pour les îles Falkland pour démolir les Argentins. On va bien s’amuser, et ça ressemble bien à Margaret Thatcher [Premier Ministre britannique] de prendre la défense des rares colonies qui nous restent avec un étalage de force ! Une grande flotte est en train de s’assembler… seize navires par ici.

A l’heure qu’il est nous avons juste annulé les manœuvres. Nous sommes en train de stocker les provisions, et nous nous apprêtons à quitter le terrain de manœuvres de Gibraltar pour mettre le cap vers le sud. Nous sommes censés faire escale à l’île de l’Ascension et doubler Sainte-Hélène : c’est une affaire tout à fait style 1914, avec la Marine Royale partant défendre ses colonies (ou devrais-je penser à Suez ?). Les Américains, cette fois, semblent être de notre côté, mais nous n’avons entendu que des ‘rumeurs‘, vu que nous n’avons pas eu accès aux journaux depuis un bout de temps. C’est de toutes façons très excitant.

Malheureusement tout ça veut dire qu’à mon regret je ne pourrai pas emménager dans nos quartiers confortables pour gens mariés avant environ deux mois, et que la permission de Pâques est à l’eau. Mais c’est bien plus amusant. Fait surprenant, les Argentins ont une bonne marine de guerre : un navire porte-avions avec des avions de combat (comme le vieil Ark Royal) et trois destroyers du type 42. Si Superbe coule le porte-avions, nous nous chargerons du reste.

Bien entendu, il se peut que toute cette histoire soit oubliée dans une semaine, mais la perspective d’une réelle confrontation, loin des bombes nucléaires du Nord, dans une ‘guerre coloniale’ est très excitante, comparée à la routine ennuyeuse habituelle des manœuvres et de la paperasserie (même si celles-ci vont se poursuivre : Nous continuerons probablement à nous ‘monter la tête’ au cours de notre descente vers le Sud).
Le Capitaine est bien entendu ravi : ça lui permettra peut-être de finir sa carrière en beauté… C’est tout pour le moment, parce que ceci doit être posté avant que nous mettions le cap sur les pingouins du sud.